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Entre suicide, culture du viol et consentement, 13 reasons why suscite le débat

26 avril 2017

Je me devais d’écrire un article sur cette série pas comme les autres. 13 reasons why est la série événement de Netflix de ce printemps 2017. Avec Selena Gomez comme co-productrice, sa célébrité aura contribué au succès de cette Teen Serie adaptée du roman de Jay Asher.

L’ADOLESCENCE, CE PASSAGE PARFOIS BRUTAL A L’AGE ADULTE

13 reasons why, mini-série de 13 épisodes aborde un sujet encore trop tabou dans nos sociétés, celui du suicide chez les jeunes. Thème dramatique et sensible qui amène inévitablement les proches à se poser les questions suivantes: pourquoi je n’ai rien vu venir? Qu’est-ce qui s’est passé pour qu’il/elle en vienne à commettre l’irréparable? Est-ce que j’aurai pu l’en empêcher?

On a tous connu (ou connait encore) les années lycée. Des années où se forme la jeunesse… Entre élèves populaires, solitaires, têtes de turcs ou transparents, on a tous fait partis d’une case bien cloisonnées. Certains ont vécu des années bonheur, d’autres des années de souffrance et encore d’autres des années sans importance. Pourtant c’est à cette période que l’on vit souvent nos premières relations sentimentales, amoureuses et sexuelles. Des expériences capitales tant nos émotions sont décuplées à cet âge là et qui contribuent de près ou de loin à la construction de notre identité et personnalité future.

Et il va s’en dire qu’on a tous connu une personne qui quotidiennement ou du moins régulièrement faisait l’objet de comportements méprisants, dégradants et abjectes; on a même peut-être été cette victime, ou parfois même le bourreau. Parce qu’à l’âge ingrat de l’adolescence nous n’avons pas nécessairement tous la maturité dont il faudrait faire preuve pour affronter ce genre de harcèlement, il est difficile de résister à la tentation de la négation, de l’aveuglement, de la minimisation de leur impact, ou même la tentation d’y participer pour asseoir sa cote de popularité.
“Rentrer dans le moule”! Voilà une exigence de conformité sociale que subit avec plus ou moins de tolérance la plupart des élèves. Si les figures d’autorité applaudissent souvent la différence et l’encourage, reste qu’il ne faut pas être trop différent non plus… Alors seuls les plus à l’aise à leur soi, à leur être et assumant leur personnalité avec force (ce qui n’est pas une mince affaire à cet âge) sont capable de résister à ce schéma social.

CULTURE DU VIOL ET CONSENTEMENT, UN SUJET PEU MÉDIATISÉ AU CŒUR DE LA SÉRIE

Entre harcèlement, humiliation et agression verbales et physiques, le quotidien de la jeune lycéenne Hannah Baker se fait de plus en plus solitaire et silencieux. De sa mort subsiste treize cassettes audio où elle explique les raisons de son suicide. C’est à travers l’écoute de ces bandes audio par son ami/ petit ami Clay Jensen que l’on remonte à l’origine de son acte morbide. De cette écoute, un certain voyeurisme nous assaille. On veut savoir pourquoi. Comment elle a fait… Et à chaque épisode Hannah raconte une épreuve de plus en plus poignante et insoutenable où l’on ne peut s’empêcher de vouloir la sauver.

Loin des stéréotypes 13 reasons why aborde, avec profondeur et justesse, l’univers intense de l’adolescence.

Au cœur de la série est abordé un autre sujet tout aussi révoltant, celui de la culture du viol. Elle commence par une photo où les cuisses de Hannah sont dévoilées alors qu’elle glissait d’un toboggan. Un cliché qui lui vaudra d’être qualifiée de “fille facile”. Puis, le classement des filles ayant “le plus beau cul du lycée” participe à l’objectification sexuelle de la jeune femme. Une liste de “compliments” en somme… Oui parce que Hannah devrait plutôt s’en “réjouir”, elle a quand même été “élue plus beau cul du lycée” lui rappelle une amie. Des remarques et attitudes portées par de jeunes filles qui contribuent au slut-shaming dont elle est victime. C’est malheureusement un constat, face au slut-shaming les victimes trouveront rarement le soutien de la gente féminine mais y récolteront souvent les préjugés et insultes les plus cuisants.

De même, une notion qui devrait faire l’objet d’un plus fort éclairage de la part des médias est mis en lumière: le consentement. Alors que Hannah et Clay se retrouvent seuls lors d’une soirée et qu’ils échangent un baiser, s’apprêtant à aller plus loin, Clay lui demande si elle est d’accord. Une question simple, toute bête mais que chacun devrait poser. Une question qui suppose aussi qu’un “non” peut être prononcé avant ou pendant et qu’il devra aussi avoir toute ça portée.
Le caractère de Clay tranche complètement avec celui de Bryan qui n’hésite pas à profiter de l’ivresse de Jessica pour la violer. Un scène qui rappelle que “sans un oui, cela veut dire non”, et qui aborde aussi le sentiment de culpabilité des victimes avec une Jessica qui exprime son mal-être derrière l’alcool. Bryan récidivera quelques semaine plus tard avec Hannah alors que celle-ci lui disait d’arrêter et tentait de s’échapper avant de perdre toute envie de se battre pour sa dignité, pour son corps, pour son âme… pour sa vie.

13 REASONS WHY, UNE SÉRIE PRÉVENTION ?

Au-delà sont aussi abordés les rapports sociaux entre adolescents qui a cet âge sont loin d’être charmants, leur perte de vie privée face à l’omniprésence des réseaux sociaux et leurs pouvoirs destructeurs, l’alcoolisme, la violence au sein des familles et l’homosexualité.

13 reasons why n’oublie pas de souligner le rôle important des parents, professeurs et conseillers dans le passage à vide que peut être l’adolescence. Loin de faire des motifs de Hannah des raisons futiles ou dérisoires, la série démontre aussi le fossé qui existe entre la jeune génération et les adultes. C’est d’ailleurs Clay et Tony qui apporteront, non pas une solution, mais une délivrance à des adultes cherchant à comprendre le geste de Hannah afin d’éviter qu’il ne se reproduise à l’avenir…
Pourtant, la série s’achève sur la tentative de suicide d’Alex Standall. Ce qui laisse penser qu’aucune solution miracle ne peut être apportée. Seules la parole et l’écoute sont à même de prévenir ce genre de drame.

Car au fond c’est bien la souffrance silencieuse qui est ici abordée.

Cette série “pour ados” a su dépeindre avec intelligence et sans tabou le mal-être profond que peuvent ressentir les jeunes. Abordant de façon décomplexée et franche des thèmes encore trop peu médiatisés, 13 reasons why ne se prétend pas être une série prévention mais plutôt une série sociale au cœur de l’actualité. Sujet brûlant de l’actualité, elle a apporté son lot de réactions positives comme réactionnaires face aux risques de “contagion”exprimé par le corps médical (l’absence de message d’alerte ou de numéro d’urgence est un oubli sidérant!), mais elle aura au moins eu le mérite d’avoir ouvert au dialogue.

Et vous, qu’avez-vous pensé de 13 reasons why?

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