La Fille du Train, Paula Hawkins
En Lettres de Papier | Policier & Thriller

La Fille du Train, Paula Hawkins

18 août 2017

Quatrième de couverture

Entre la banlieue où elle habite et Londres, Rachel prend le train deux fois par jour: le 8h04 le matin, le 17h56 le soir. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants, qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait. Heureux, comme Rachel et son mari ont pu l’être par le passé, avant qu’il la trompe, avant qu’il la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit Jess dans son jardin avec un autre homme que Jason. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, à mystérieusement disparu…

Paula Hawkins - La Fille Du Train - Le blog de Demosthène et les ...Titre: La Fille du Train
Auteur: Paula Hawkins
Parution: mai 2015
Maison d’édition: Sanotine
Pages: 378

Avis: ♥♥♥♥♥ (avis mitigé)

 

 

Les mots de Paula Hawkins ont dérangé mes émotions

J’ai eu beaucoup de mal à me plonger dans La Fille du Train de Paula Hawkins. Malgré toutes les bonnes critiques que j’ai pu lire et une quatrième de couverture qui avait beaucoup suscité mon intérêt, je dois dire que je l’ai lu avec beaucoup de recul et beaucoup d’émotions négatives se sont manifestées en moi… Ce qui est loin de dire que je n’ai pas apprécié La Fille du Train.

Je trouve l’écriture assez terne, plate et fragile… Sûrement est-ce l’effet recherché par l’auteur étant donné l’atmosphère assez noire dans lequel évolue l’histoire.

La Fille du Train nous plonge dans les pensées de trois femmes au style de vie diamétralement opposé : seule et alcoolique pour la première, mère au foyer et femme aimante pour la seconde, et femme mariée volage et mystérieuse pour la troisième.

Trois femmes, trois destins liés

Quand Rachel émerge le jour (ou la nuit) de son sommeil comateux et alcoolisé, elle n’a qu’une envie : découvrir ce qui est arrivé à Megan, cette femme qui aurait dû être sa voisine si elle avait continué à vivre dans cette maison près des rails avec son mari. Un mari qui l’a quittée depuis qu’elle a sombré dans l’alcool et qui s’est remarié à Anna, son ex maîtresse.

Rachel idéalise toujours sa relation avec Tom. Tout est prétexte pour venir le voir, lui parler, l’appeler. Elle n’en démord pas. Pourtant, Tom n’a rien fait pour éviter à Rachel de tomber dans la bouteille et la dépression. L’encourageant implicitement à se sentir coupable de son infertilité, et puis… les souvenirs dissipés par le goût chaud de l’alcool ne pouvaient qu’arranger l’adultère de Tom.

Rachel s’accroche. Rachel s’accroche au passé. Et Anna ne supporte plus cette invasion quotidienne dans sa vie de famille qu’elle voit menacée par la présence de cette ex dépressive et hystérique. Anna est le stéréotype même de la Desperate Housewife… Femme au foyer qui n’a d’yeux que pour son mari parfait et son enfant parfait. Son travail lui manque, mais avant tout passe sa famille et surtout les apparences.

Anna est pourtant loin de la femme parfaite. Son égocentrisme et sa fierté ne lui ont jamais fait ressentir aucune compassion pour Rachel qu’elle a toujours vue comme une rivale : celle que son mari avait aimé avant elle.

Quant à Megan, elle reste la plus mystérieuse des trois. Sa vie a été un chaos total. A la perte de son frère a suivi des années de drogue et de prostitution, puis la perte d’un enfant dont elle savait à peine s’occuper à tout bouleversé.

Le vide: voilà bien une chose que je comprends. Je commence à croire qu’il n’y a rien à faire pour le réparer. C’est ce que m’ont appris mes séances de psy: les manque dans ma vie seront éternels. Il faut grandir autour d’eux, comme les racines d’un arbre autour d’un bloc de béton; on se façonne malgré les creux. Je sais tout cela, mais je n’en parle pas à haute voix, pas pour l’instant. -Megan

 

Aujourd’hui (avant sa disparition) Megan est mariée, elle vit dans une belle maison et multiplie les jobs à la recherche de celui dans lequel elle s’épanouira. Mais Megan se semble s’épanouir dans rien, ni même dans sa vie de couple. Ses secrets la hante et tout est prétexte à effacer ses traces : recherches internet, sms, visites chez le psy et relations extra-conjugales. Elle aime être dans le contrôle après une vie passée à la dérive.

La Fille du Train ou les hommes qui n’aimaient pas les femmes

J’ai ressenti La Fille du Train plus comme une fresque des faiblesses féminines qu’un thriller palpitant. Alors que Rachel est le personnage principal de ce livre, je ne me suis pas attachée à elle, je n’ai éprouvé que de la pitié à son égard. Et je hais éprouver de la pitié, c’est un sentiment que je déteste ressentir, cela me noue l’estomac et avec lui vient la colère. La rage de la voir s’enfoncer toujours plus bas dans son alcoolisme, de n’avoir aucune volonté de s’en sortir parce qu’elle est beaucoup trop occupée à se lamenter sur son sort parce que son connard d’ex mari l’a planté comme une vieille chaussette et qu’il ne savait faire que de la culpabiliser pour toutes les choses qu’elle entreprenait. Et elle engraine encore en idéalisant son histoire passée mais aussi celles des autres qu’elle ne connait pas. Allant même jusqu’à s’approprier cette histoire idéale et imaginaire de “Jason et Jess” en couchant avec le mari de Megan, espérant ainsi prendre sa place le temps d’une nuit.

C’est irréel de le savoir ici, dans mon lit, à l’étage. J’en ai le tournis, j’ai l’impression que c’est un rêve. – Rachel

 

Ainsi les femmes seraient faibles, facilement manipulables car émotionnellement instables et les hommes auraient toujours un ascendant sur elles. Oui, car les trois héroïnes de La Fille du Train ont toutes un point commun : elles sont victimes d’abus psychologiques et/ou physiques de l’homme qu’elles aiment. Bien évidemment, aucune d’entre elles ne réalisent la main mise de leur mari/ex/amant sur elles. Pour elles, tout est normal, tout est merveilleux, ou elles en sont tout simplement la cause…

Je suis à l’étage, dans la chambre. Tom est en bas avec Evie, devant la télé. On ne se parle plus. C’est ma faute. Il avait à peine franchi la porte que je lui ai sauté dessus.- Anna

 

Je sens un sanglot montrer du fond de ma gorge, mais je le ravale. C’est ça, c’est ce qu’il fait tout le temps, il est passé maître en la matière: il me fait croire que tout est ma faute, que je ne vaux rien. – Rachel

 

Et peu à peu, la ressemblance entre Megan, Rachel et Anna se dessine. L’une a voulu jouer de son pouvoir sur un homme qu’elle croyait au creux de sa main mais en a payer de sa vie, l’autre a flanché sous le poids de la pression mais une femme déjà brisée n’est plus un jouet assez attrayant pour un homme bourré d’orgueil, alors il s’en va jouer avec une autre femme qu’il croit bien éduquée…

Et là, je fais ce que je n’aurais jamais pensé faire un jour. Je prends la bouteille de vin rouge qu’on a ouverte hier pour le dîner, et je m’en sers un verre. Puis j’attrape son ordinateur pour m’installer à la table de la cuisine, je l’allume et je commence à essayer de deviner le mot de passe. C’est ce qu’elle faisait: boire seule et l’espionner. – Anna

 

•֍•

La Fille du Train m’a fait ressentir ce que je déteste le plus au monde. La rage de voir des femmes à la merci des hommes. Leur naïveté, leurs vices (alcool, fierté, vanité), leur aveuglement émotionnel les auront entraînées dans de sombres desseins. Trois anti-héroïnes jusqu’au bout du thriller. Jamais un livre ne m’avait viscéralement remuée comme celui-ci. Je l’ai rejeté, détesté parfois et je pense que pour toutes ces raisons, Paula Hawkins a su me toucher au plus profond de moi. Néanmoins, le style d’écriture ne m’a que moyennement enthousiasmée.

L’avez-vous déjà lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

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