Les Hirondelles de Kaboul, Yasmina Khadra
En Lettres de Papier | Roman & Littérature

Les Hirondelles de Kaboul, Yasmina Khadra

15 octobre 2017

Quatrième de couverture

Dans les ruines brûlantes de la cité millénaire de Kaboul, la mort rôde, un turban noir autour du crâne. Ici, une lapidation de femme, là des exécutions publiques, les Taliban veillent. La joie et le rire sont suspects. Atiq, le courageux moudjahid reconverti en geôlier, traîne sa peine. Le goût de vivre a également abandonné Mohsen, qui rêvait de modernité. Son épouse Zunaira, avocate, plus belle que le ciel, est désormais condamnée à l’obscurité grillagée du tchadri. Alors Kaboul, que la folie guette, n’a plus d’autres histoires à offrir que des tragédies. Le printemps des hirondelles semble bien loin encore…

Résultats de recherche d'images pour « les hirondelles de kaboul »Titre: Les Hirondelles de Kaboul
Auteur: Yasmina Khadra
Parution: 2015
Maison d’édition: Editions Pocket (1ère parution aux Editions Julliard, 2002)
Pages: 147

Avis: ♥♥♥♥♥ (bonne lecture)

 

 

Quand l’obscurantisme défit la liberté des hirondelles de Kaboul

Les Hirondelles de Kaboul laisse un goût amer dans la bouche. Ce roman nous fait réfléchir sur les comportements de foule, l’embrassement des âmes face au poids du nombre et le pouvoir de l’obscurantisme religieux sur une masse compacte, léthargique et névrosée.

On ne peut pas lire Les Hirondelles de Kaboul sans avoir l’envie de se rebeller. De balancer un coup de pieds dans la formière. Crier. Hurler. Impossible non plus de ne pas faire le lien avec ce qui se passe aujourd’hui dans cette partie du monde que l’on ne connait qu’à travers l’annonce d’informations sanglantes, terroristes, morbides.

La violence est là. Permanente. A chaque page. Elle s’est insinuer dans la ville de Kaboul depuis que la Guerre Froide à fait de l’Afghanistan un territoire de plus pour les russes et les américains à se chaparder. Depuis, les Moudjahidin se sont rebellés contre l’occupation russe. Et les bouleversements de régimes ont aboutis à l’organisation de groupes armés, les Taliban, semant la terreur dans toutes les rues.

Les Hirondelles de Kaboul ne se veut pas un livre historique et il n’y a d’ailleurs quasiment aucune référence chronologique. Là n’est pas le but, car seuls l’atmosphère, le récit et les événements suffissent à imprégner un sentiment de révolte au lecteur.

Dans ce roman court d’une centaine de pages, on suit Mohsen, un ancien marchand dont le commerce a été repris par les talibans. Celui-ci erre depuis dans les rues de Kaboul, à se lamenter sur son sort. Lors d’une de ses balades, Mohsen est emporté par le mouvement de foule et se retrouve à assister à la lapidation d’une femme en public. La liesse de la foule, la transe dans laquelle entrent ses criminels ambulants attirent alors Mohsen qui envoûté jète une pierre sur la femme qui gît déjà par terre, morte.

Alors que Mohsen se présente au premier abord comme une victime du fanatisme religieux. Commerçant, travailleur, aimant envers sa femme, il devient rapidement l’objet d’un changement que les événements auront vite fait d’influencer. Contrairement à Atiq, qui déjà participant au système guerrier en tant que geôlier de détenues, se mettra à questionner le système auquel il participe.

La place des femmes dans Les Hirondelles de Kaboul est aussi centrale. Zunaira et Shaukat représentent deux caractère diamétralement opposés. Si l’une se veut une femme indépendante, cultivée et forte, victime de l’obscurantisme religieux qui s’est abattu sur sa ville, l’autre se veut plus soumise au bon vouloir de son mari et ne cesse de vouloir lui être le plus agréable possible malgré sa maladie. Les réflexions misogynes fussent. L’irrespect envers la femme, sa personne, son identité ne lui vaut que le statut de “chose” dont les hommes disposent à leur guise. Nombre de femmes se font lapider et cataloguées de “putains” par des tribunaux composés exclusivement de hommes fanatiques. Mon sang ne fait qu’un tour !

Un passage sur le port du voile a d’ailleurs retenue mon attention :

Avec ce maudit voile, je ne suis ni un être humain ni une bête, juste un affront ou une opprobre que l’on doit cacher telle une infirmité. C’est trop dur à assumer. Surtout pour une ancienne avocate, militante de la cause féminine. Je t’en prie, ne pense aucunement que je fais du chichi. J’aimerais bien en faire d’ailleurs, hélas ! le cœur n’y est plus. Ne me demande pas de renoncer à mon prénom, à mes traits, à la couleur de mes yeux et à la forme de mes lèvres pour une promenade à travers la misère et la désolation; ne me demande pas d’être moins qu’une ombre, un froufrou anonyme lâché dans une galerie hostile.

 

•֍•

Les Hirondelles de Kaboul est un roman émotionnellement difficile à lire. Après cette lecture, on ne peut que “bénir le ciel” ou plutôt remercier le destin d’être née dans un pays démocratique, ouvert à toutes les religions et considérant les femmes avec beaucoup plus de dignité et de respect (même si l’égalité homme-femme a encore un long chemin à faire !). On ne cessera jamais de répéter que l’éducation est la clé contre l’obscurantisme. La connaissance défit toutes les peurs. Alors lisez (et voyager) ! car les livres sont l’un des meilleurs moyens de s’ouvrir au monde et d’apprendre.

Bien que Les Hirondelles de Kaboul ne soit ni une lecture apaisante ni  une lecture relaxante, je vous conseille tout de même ce roman pour attiser votre esprit protestataire et révolté ! De plus, il se lit très vite car il ne comporte qu’une centaine de pages.

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