La tresse, Leatitia Colombani
En Lettres de Papier | Roman & Littérature

La tresse, Laetitia Colombani

15 septembre 2017

Quatrième de couverture

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Résultats de recherche d'images pour « la tresse laetitia colombani »Titre: La tresse
Auteur: Laetitia Colombani
Parution: mai 2017 
Maison d’édition: Editions Grasset
Pages: 224

 

Avis: ♥♥♥♥(très bonne lecture)

 

La tresse, où le chemin de la paix et de l’amour

Ce roman assez court mais pour le moins enivrant relate trois histoires de femmes qui s’imbriquent, se complètent, s’entremêlent.

Trois femmes en pleine fleur de l’âge doivent faire face à des épreuves plus ou moins dramatiques. Si Giulia doit reprendre les reines de l’atelier de son père sous le regard réprobateur et traditionaliste de sa famille, Smita affronte la difficulté de vivre en tant que femme dans un pays qui ne les aiment pas beaucoup, tandis que Sarah doit se battre contre la maladie.

Ces trois vies de femme semblent éloignées au plus haut point. Pourtant déjà ces trois héroïnes ont en commun leur volonté sans faille, leur courage, leurs espérances, leurs aspirations à une vie meilleure…

Avec Smita, on prend en pleine face l’infâme réalité de la place des femmes dans la société indienne. Dans ce pays aux milles couleurs, où épices et drapés offrent plaisir et sensualité, la division des castes fait des intouchables des parias de la société; rejetés et relégués à des emplois de “merde” (c’est le cas de le dire – vous verrez pour ceux qui veulent lire ce bijou). Pour rester digne, Smita traversera l’Inde pour offrir à sa fille la chance de rentrer à l’école et d’entrevoir une meilleure existence. 

Smita voudrait tant dire: réjouis-toi tu n’auras pas ma vie, tu seras en bonne santé, tu ne tousseras pas comme moi, tu vivras mieux et plus longtemps, tu seras respectée. Tu n’auras pas sur toi cette odeur infâme, ce parfum indélébile et maudit, tu seras digne.

 

Sarah, elle, a tout ce dont elle peut rêver excepté du temps avec ses enfants. Sarah et Smita nous offrent un contexte narratif diamétralement opposé, là où dans un pays moderne le superficiel prend l’ascendant sur le nécessaire, en Inde le superficiel est la destination rêvée et idéalisée. Le travail de Sarah la monopolise, l’accapare et elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, pas après tous les sacrifices qu’une femme est obligée de faire pour en arriver là où elle en est. Pourtant, sans crier gare, la maladie qui l’assaille sera une double peine. Alors qu’elle doit affronter son cancer, elle doit aussi supporter le rejet et la mise à l’écart dans son entreprise. Personne n’est irremplaçable… voilà ce que Sarah aura appris après toutes ces années de loyaux services.

Il lui a enlevé la seule chose qui la tenait debout, la seule qui lui donnait la force de se lever le matin: son moi social, sa vie professionnelle, l’impression d’être quelqu’un dans ce monde, d’y avoir sa place.

 

Quant à Giulia, son cas semble moins éplorant. Elle vit une nouvelle idylle avec Kamal, un indien de religion sikh, qu’elle a croisé à la bibliothèque et semble épanouie dans l’atelier de perruque artisanale de son père. Jusqu’à ce que, ce dernier étant malade, elle découvre que l’atelier est en faillite. L’âme d’entrepreneuse de Giulia se réveille alors et grâce aux bons conseils de son nouvel amant, elle réussi à imposer un renouveau dans l’entreprise familiale.

Elle se dit qu’elle pourrait passer sa vie en cette seule compagnie. Elle en oublie même de manger. Il n’est pas rare de la voir rentrer le ventre vide de sa pause déjeuner. C’est ainsi : Guilia dévore les livres comme d’autres les caneloni.

 

Le lien entre ces femmes: une histoire de crêpage de chignon ! Oui, des cheveux ! Le lien qui unit ces femmes repose dans la chevelure tressée de Smita et sa fille Lalita, qui, en faisant don de leur bien le plus précieux à leur divinité Vishnou vont contribuer à sauver l’entreprise de Giulia, qui elle-même offrira un nouveau souffle de vie à Sarah.

Une femme chauve, c’est une femme malade, peu importe qu’elle ait un pull magnifique, des talons hauts, un sac dernier cri, personne ne les remarquera, il n’y aura rien d’autre que ça, ce crâne nu qui est un aveu, une confession, une souffrance. Un homme rasé peut être sexy, une femme chauve sera toujours malade, pense Sarah.

 

•֍•

La tresse est un page-turner. Une histoire douce et à la fois brutale qui se lit d’une traite. J’ai été happé par ces destins de femmes. Et celui de Smita reste pour moi le plus émotionnellement frappant.

Le choc des cultures y est central. L’approche de différentes religions aussi, avec une héroïne bouddhiste, une autre juive et une autre catholique. La tresse démontre tous les chemins de traverse que l’existence peut prendre pour relier trois destins, trois vies, trois religions, trois cultures.

Il y a comme un message de paix et d’amour subliminal ajouté à ce pamphlet pour défendre la cause des femmes qui, qu’elles vivent dans une société dite moderne ou pas, doivent toujours subir la condition d’être née femme.

Je ne peux que vous recommander La Tresse de Laetitia Colombani. C’est un ouvrage qui se lit rapidement et le style d’écriture est très fluide. L’avez-vous déjà lu ? Qu’en avez-vous pensez ?

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