Michel Bussi, Le temps est assassin
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Le temps est assassin, Michel Bussi

2 août 2017

Quatrième de couverture

Été 1989

La Corse, presqu’île de la Revellata, entre mer et montagne. Une route en corniche, un ravin de vingt mètres, une voiture qui roule trop vite… et bascule dans le vide. Une seule survivante : Clotilde, quinze ans. Ses parents et son frère sont morts sous ses yeux.

Été 2016

Clotilde revient pour la première fois sur les lieux de l’accident, avec son mari et sa fille ado, en vacances, pour exorciser le passé. A l’endroit même où elle a passé son dernier été avec ses parents, elle reçoit une lettre. Une lettre signée de sa mère. Vivante ?

Le temps est assassin, de Michel Bussi - Les livres à offrir pour la ...Titre: Le Temps est Assassin
Auteur: Michel Bussi
Parution: 2016
Maison d’édition: Presses de la Cité
Pages: 531

 

Avis: ♥♥♥♥♥ (coup de cœur)

 

Le temps est assassin, ou un été au camping !

C’est fou de dire d’un livre dramatique qu’il nous a fait rire ? Et bien avec Le temps est assassin, Michel Bussi m’a fait rire aux éclats ! Je me suis retrouvée projeter quelques années en arrière lorsque enfant et ado j’allais passer mes vacances en camping avec ma famille.

Si vous avez connu ces années bonheur, vous comprendrez certainement que les références des campeurs qui prennent le Corsica Ferry à Gênes, la tête encore enfarinée et moites de sueur après 12 heures de voiture, m’a fait rire de par la justesse de la situation et des pensées de Clotilde. Les effluves d’essence et de marée se sont même matérialisées à la lecture de ce passage :

En vérité, mon lecteur des confins de la galaxie, je crois que l’enfer doit ressembler à ça : la source d’un ferry. Il y fait au moins cent cinquante degrés et pourtant, ça se bouscule dans l’escalier pour y descendre. Comme si tous les gens morts sur terre à la même heure s’avançaient à la queue leu leu dans les entrailles d’un volcan en fusion. Subway to Hell ! ça cogne à coups de chaînes et de métal hurlant; les Italiens sont de retour, ils sont les seuls habillés, en pantalon et veste, les seuls à ne pas suer alors que tous les vacanciers déjà court vêtus dégoulinent et s’épongent.

 

A travers Le temps est assassin et Clotilde j’ai replongé dans mon adolescence, la période des walkman, des journaux intimes, des complexes de poitrine, des espérances romantiques et les particularités si particulières des vacances en camping !

Je ne peux pas m’empêcher de l’admirer… De la jalouser… De la détester. De haïr ces regards des hommes sur sa poitrine qui défis les lois de la pesanteur. Je suis mal barrée, même si j’ai une théorie là-dessus. Vous voulez la connaitre ? Après tout, je ne demande pas votre avis, ça va me défouler de vous la balancer ! Sortir avec une fille qui a des petits seins, une fille comme moi par exemple, c’est de l’investissement à long terme. Du garanti trente ans. Un choix qu’on ne regrettera pas après des décennies de couple, alors que les gros seins finiront forcément par décevoir, par déchoir. C’est une évidence, non ?

 

La narration navigue entre le présent et le passé de Clotilde retranscrit dans son journal intime de ses 15 ans. Un journal intime qu’elle imagine lu plus tard par un lecteur “des étoiles” et “intergalactique” parce que 2020 ça parait tellement futuriste en 1989… A 15 ans, Clotilde fait preuve d’un esprit vif et mature, d’une intelligence insolente et sarcastique. Dans son journal, elle détaille toutes les relations sociales qu’elle observe, les stratagèmes amoureux des adolescents du camping comme la relation de ses parents avec une lucidité mordante et caustique.

De retour dans ce même camping, 27 ans après le drame qui a lui a arraché sa famille, Clotilde revient en Corse comme on ferait un pèlerinage. En quête d’un soi perdu au fond d’un ravin, Clotilde cherche aussi à faire renaître et connaître une partie d’elle-même à son mari, Franck, et à sa fille, Valentine.

Au fil des pages s’insinue une distance entre Clotilde et son mari, comme un miroir à cette distance qu’elle avait observée entre ses parents 30 ans plus tôt. Franck est égoïste, condescendant, culpabilisant. Franck ne cherche pas à comprendre les émotions, les inquiétudes de Clotilde qui fait face à des souvenirs douloureux, flous et enfouis. Pour lui, seul le présent compte alors que le passé de Clo la hante tel un fantôme amarré à un rocher sur cette île de beauté. Mensonges, non-dits, cachotteries s’accumulent et s’écument…

Corsica Ferries

Quand l’omerta Corse déteint sur la jeunesse

De retour sur l’île, elle creuse son histoire familiale et côtoie un grand-père bourru et silencieux, retiré sur ses terres. Celui-ci a par ailleurs cédé à Cervone Spinello, propriétaire du camping, la construction d’une boîte de nuit qui transforme la plage en poubelle à chaque soirée. Une décision incompréhensible pour Clotilde qui, comme sa famille, a à cœur de préserver une Corse sauvage. Omerta oblige, Clotilde devra fouiner pour savoir le fin mot de l’histoire.

– Y a truc qui m’étonne, Papé. J’ai l’impression qu’ici, tout le monde a peur de toi. Mais moi je te trouve gentil. Opération Béluga. Je ne devais pas oublier. Si c’est comme ça que j’espérais l’amadouer…

 

– Méchant. Gentil. ça ne veut rien dire, ma petite fille. On peut provoquer des catastrophes par gentillesse, on peut rater sa vie par gentillesse, ou peut être même tuer par gentillesse.

 

Tuer par gentillesse ? OK, Papé, je l’écris dans mon cahier. Je m’y repencherai en terminale, quand j’aurai des cours de philosophie.

 

Clotilde doit alors affronter les démons du passé et renouer avec le souvenir d’une mère qu’elle jalousait et d’un père qu’elle idéalisait. Elle prend aussi en pleine figure la haine de l’étranger, du continental, typique en Corse (stéréotypée ? peut-être pas !) qui révèle à quel point sa mère d’origine hongroise n’avait pas été acceptée par la famille Idrissi. Cette terre de beauté protège les siens mais n’accueille pas les étrangers, fuissent-ils désormais de la même famille.

– Tu n’y est pour rien, Clotilde. Tu es une étrangère. Tu ne connais rien à la Corse. Tu ne ressembles pas à ta mère. Ta fille, si. Ta grande fille est comme elle, elle aussi deviendra une sorcière. Mais toi, tu as les yeux de ton père, sa façon de regarder les choses, de croire à ce que les autres ne croient pas. Toi, je ne t’en veux pas.

 

Alors Clotilde épie, observe, scrute.

Comme lors de ces 15 ans lorsqu’elle observer les campeurs, ses parents et surtout cette bande de jeunes amis de son grand-frère. Ceux qui l’ignoraient et la snobaient (quoique ce fut réciproque) croisent de nouveau sa route. Les années ont passé mais l’œil critique de ses 15 ans ne s’était que partiellement trompé sur les pronostiques de la vie future de ces adolescents frivoles devenus adultes.

Les secrets d’un groupe d’ados sont plus difficiles encore à percer que ceux d’un village corse frappé d’omerta.

•֍•

Entre histoires de famille et préoccupations adolescentes, Le temps est assassin dessine le pont imaginaire entre jeunesse et vie adulte, entre l’insouciance d’un été et les responsabilités de toute une vie.

Le temps est assassin est une merveille ! Je me suis régalée à le lire et je suis bien curieuse de découvrir les autres romans de Michel Bussi.

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