Petite laine, Amélie Panneton
En Lettres de Papier | Roman & Littérature

Petite laine, Amélie Panneton

8 décembre 2017

Quatrième de couverture

C’est le genre d’histoire sur lequel on tombe toujours par hasard.

La nôtre commence dans le quartier Saint-Roch, à Québec, où une jeune documentariste prépare un film portant sur le tricot-graffiti, une variante textile du street art qui consiste à enrober ou à enjoliver le mobilier urbain avec de la laine. En remontant le fil de la pratique, elle s’emmêle dans les récits croisés de Marjolaine, d’Alexandra et de Marie, trois vieilles dames qui ont, avec Zina, leur amie disparue, fondé un collectif de tricot-graffiti dans leur vingtaine, au début du 21e siècle…

À la fois doux et piquant, comme un chandail tricoté par ta grand-mère, Petite laine est un récit tissé de souvenirs et de mensonges, teinté par l’engagement et la naïveté de la jeunesse.

Titre: Petite laine
Auteur: Amélie Panneton
Parution: Juin 2017
Maison d’édition: Editions de ta mère
Pages: 329

Avis: ♥♥♥♥♥ (avis mitigé)

 

Un roman tricoté avec amour et désillusion

Petite laine est le premier roman d’une auteure québécoise que je me suis aventurée à lire. Et quelle aventure! Je crois que je n’aurai pu mieux choisir pour sortir des sentiers battus. Amélie Panneton n’a pas une écriture banale et encore moins lisse. Le récit est morcelé, les textes sont comme hachés et les narrateurs sont multiples avec en toile de fond comme une voix-off qui prend de la hauteur pour nous expliquer où on se trouve dans l’histoire.

Léonie est documentaliste pour le Musée d’histoire urbaine Jean-Paul l’Allier de Québec et s’intéresse de près au collectif de tricot-graffiti de trois vieilles dames qui avait animé le quartier Saint-Roch au début des années 2000. A travers leurs interviews, Léonie ne déterre pas seulement les actions illégales menées par ces femmes pour exprimer leur art, mais fait aussi apparaître leur jeunesse, leurs espoirs, leurs galères… bref, un véritable portrait de notre jeunesse à nous !

Au-delà des discours savamment construits expliquant le tricot-graffiti comme une manière de s’exprimer et de s’approprier l’espace public pour des femmes souhaitant exister à l’extérieur du cercle familial, ou encore la volonté de démocratisation de l’art et de faire l’éloge de la lenteur avec du tricot old school dans un monde numérisé et instantané, Petite laine affirme simplement la volonté dénuée de toute réflexion politique ou militante pour un groupe de femme de créer.

Ça s’est passé comme ça. Tout d’un coup, il n’y avait que la texture de la laine partout où on mettait les doigts. Et le bruit très doux, le cliquetis régulier et impérieux des aiguilles qui s’activaient l’une contre l’autre.

 

Si l’aspect historique du tricot-graffiti évoquant la pionnière du genre, Magda Sayeg et son collectif Knitta Please, est très intéressante, le récit reste centré sur la jeunesse de Marie, Marjorie et Alexandra sans oublier Zina, leur amie aujourd’hui disparue. En ce début des années 2000, elles ont partagé une colocation et les galères qui vont avec. Les petits mensonges et omissions pour conserver sa vie privée, les absences calfeutrées et les présences fantômes pour supporter la proximité, les embellissements et les exagérations du passé pour s’offrir le luxe d’une vie meilleure… Surtout avec Zina. Zina est le croquet central du récit. Mystérieuse quant à sa véritable identité, son histoire personnelle et même sa vie présente, elle capte toute l’attention des jeunes femmes qui sont à la fois séduites, tourmentées et méfiantes envers ce personnage qui est entré dans leur vie et qui y laissera son empreinte.

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Petite laine n’a pas d’intrigue palpitante, les pages défilent mais on cherche toujours quelle est l’histoire… Bien qu’évoquant la dépression, la dépendance, les différences de classes sociales, les dures conditions de travail et la réalité de la vie qui écourte les ambitions, Petite laine m’a paru assez fade et sans couleur. Si l’on se laisse porter par le récit et les souvenirs de trois vieilles dames, la dureté et le cynisme des personnages face à la vie m’a fait manquer d’espoir. 

Je retenterai l’expérience de la littérature québécoise prochainement, on espérant que le futur roman sera plus enjoué et entraînant.

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