Un parfum d'encre et de liberté, Sarah McCoy
En Lettres de Papier | Roman & Littérature

Un parfum d’encre et de liberté, Sarah McCoy

26 juin 2017

Quatrième de couverture

1859. Chez les Brown, la cause abolitionniste se transmet de père en fille. En pleine guerre de Sécession, la jeune Sarah suit les traces de son célèbre paternel, sacrifiant toute sa vie de femme dans son combat pour la liberté…

2014, banlieue de Washington. En achetant cette vieille demeure sur Apple Hill, Eden pensait pouvoir guérir son désir d’enfant – que son corps lui refuse. Une nouvelle vie, de nouveaux voisins et, surtout, cette mystérieuse tête de poupée retrouvée dans la cave, lui ouvriront un autre chemin, tracé pour elle depuis plus de 150 ans…

Plusieurs décennies séparent ces deux femmes et pourtant leurs destins se rejoignent sur bien des points…

Un parfum d'encre et de liberté - S.McCoy - Librairie EyrollesTitre: Un Parfum d’encre et de liberté
Auteur: Sarah McCoy
Parution: janvier 2017 (1ère parution: 2015, Editions Michel Lafon)
Maison d’édition: Pocket
Pages: 476

 

Avis: ♥♥♥♥♥ (bonne lecture)

 

Un parfum d’encre et de liberté a le goût du suspense et de l’émotion

Les mots “guerre de Sécession”, “cause abolitionniste”, “liberté” et “mystérieuse tête de poupée”… voilà, il n’en faut pas plus pour que ma curiosité soit piquée au vif ! Déjà complètement séduite par l’univers américain du XIXème siècle, ses troubles, ses combats, ses victoires, ajoutez à cela un mystère qui resurgit en pleines années 2000 et vous transformez une atmosphère poussiéreuse en un roman moderne et captivant.

J’ai été tout de suite séduite par les premières lignes du roman de Sarah McCoy. Sa plume est souple, légère et généreuse à la fois. Bien que les premiers événements décrits soient dramatiques et difficiles, notamment l’exécution du père de Sarah Brown en 1859, tout comme la douleur d’Eden en 2014 face à son infertilité; c’est le courage et la bravoure de ces deux femmes qui vont rapidement illuminer et colorer le récit d’Un parfum d’encre et de liberté.

Il ne restait pas un sou pour se procurer des couleurs, alors Sarah avait appris à dessiner avec le jus de ses cueillettes. Celui des betteraves donnait une pâte rose; le peau des carottes et des oranges, un jaune vif; les mûres, un noir pourpre, parfait pour les coloris les plus foncés; même l’herbe offrait sa teinte verte au papier.

 

Sarah, jeune femme passionnée par la peinture et son désir de poursuivre l’oeuvre abolitionniste de son père n’aura de cesse de démontrer sa force de caractère pour surmonter les épreuves de la vie. Féministe avant l’heure, elle martèlera son droit, héritage moral de son père, à contribuer au Chemin de fer clandestin afin d’aider des familles d’esclaves à franchir la frontière canadienne et atterrir en zone libre. Sa rencontre avec Freddy Hill, fils d’un ami abolitionniste de son père, bouleversera la destinée de Sarah. Cet ami cher à son cœur, et leur engagement commun, lui donnera un rôle central dans l’énigme qui surgit plus de 150 ans plus tard.

En 2014, Un parfum d’encre et de liberté nous plonge au cœur de New Charleston, petite bourgade de Virginie-Occidentale, animée par une communauté soudée et amicale. Nous y suivons les jours d’Eden, marqués par la solitude et la culpabilité de son infertilité. Pourtant l’amour inconditionnel que lui porte son mari Jack, va faire entrer un nouveau compagnon à quatre pattes nommé Criquet et leur petite voisine Cléo dans leur foyer. Ces deux nouveaux arrivants vont bousculer le quotidien morose d’Eden, la faire renaître, lui donner un nouvel objectif de vie.

Le mystère de la poupée…

Si la découverte d’une tête de poupée datant de la guerre de Sécession s’affiche comme le fil reliant Sarah et Eden, elle n’est pas le sujet principal du roman. Son histoire n’est contée que partiellement au fil des pages et ce n’est que dans les derniers instants que l’on colle bout à bout ses mystères pour la comprendre. Le peu d’importance qui lui a été donné, minimise alors ses secrets. En réalité, Sarah McCoy s’est attachée à dépeindre les émotions de deux femmes brisées par leur incapacité à enfanter mais qui trouvent un autre sens à leur existence. Elle s’est imaginé leurs ressentis, leurs combats, leurs joies et leurs peines, leurs rêves.

Ellen fronça les sourcils, au bord des larmes, mais Sarah sortit le plateau de biscuits du four, les cœurs dorés, les étoiles scintillant dans les yeux de la fillette. Une bouchée suffit pour qu’elle oublie le parfum de rose, qu’elle retrouve le sourire et recommence à fredonner ses chants de Noël. Sarah se demande à quel âge on perdait cette capacité à ignorer les souvenirs et le désir, le passé et le futur. Cette capacité à vivre pleinement le moment présent.

 

Ce roman retrace les émotions multiples et profondes de femmes, qui malgré les siècles qui les séparent, se battent pour leur liberté, leur indépendance morale, intellectuelle et physique. Féministe et humain, Un parfum d’encre et de liberté réussit à faire prendre conscience que l’impossibilité pour une femme d’avoir un enfant, n’est pas “comblée” par des engagements et des idéaux impossibles mais par la volonté de poursuivre ses rêves et ses combats. Une femme sans enfant, n’est pas une femme à demi-complète. Elle reste la même femme qu’elle a toujours été et sa personne ne s’en trouve pas diminuée. Bien au contraire, cet état de fait vécu souvent comme un drame, se retrouve ici comme l’élément déclencheur d’un nouveau souffle, d’une nouvelle force.

Les temps avaient changé. Les femmes pouvaient tout avoir : une carrière éblouissante, une maison resplendissante, un mari dévoué et une famille épanouie. Et elle n’avait pas été loin de le prouver. Eden ne s’était pas attendue à ce que son propre corps soit son plus grand obstacle.

 

•֍•

Ce que j’ai particulièrement apprécié est le fait que Sarah Brown ait réellement existé. Son combat dans la lutte contre l’esclavage a bien été réel, tout comme le destin de son père John Brown. Son goût et son talent pour la peinture aussi, ce qui a été déterminant dans les actions du Chemin de fer.

Sarah McCoy s’est donc inspirée de faits réels pour composer et imaginer le destin de deux personnages féminins. Le mélange de réalité et de fiction jette alors un voile encore plus troublant sur la véritable existence menée par Sarah Brown…

J’espère que ce petit aperçu vous aura donné envie de lire Un parfum d’encre et de liberté !

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