Le premier jour du reste de [ tes règles ]
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Le premier jour du reste de [ tes règles ] !

4 juillet 2017

Bon aujourd’hui on va parler des règles… Les menstruations, les “ragnagna”, les “trucs” ! Que de mots pour désigner ces pertes de sang mensuelles qui coulent entre nos cuisses ! (super pour le glamour…)

Qui ne se souvient pas du premier jour de ses règles ? Passage “important” dans la vie d’une femme, que dis-je d’une jeune fille qui devient femme. Bah oui ! Parce qu’apparemment tu deviens femme du jour au lendemain, juste parce que tu as deux taches de sang dans ta culotte ! Oui… il faut souffrir pour devenir femme. Bref, le premier jour de tes règles, tu te réveilles une sensation bizarre dans ta culotte, une sorte de présence gluante et mouillée qui te colle entre les jambes… Arrivée sur la cuvette des toilettes, tu vois toutes ses taches marrons rougies. Tu es impressionnée, sonnée, heureuse… Tu n’as que 11 ans et tu es déjà devenue une femme !

Les règles, ces maudites règles, que toutes les jeunes filles attendent avec impatience pour pouvoir dire fièrement qu’elle est devenue une femme, mais que devenues femme elles souhaiteraient voir disparaître de son quotidien parce qu’avec elles arrivent les maux de dos, les migraines, les piques dans le bas du ventre et j’en passe.

Pourtant Nana et Tampax te vendaient du rêve, un rêve bleu (oui, on ne montre pas de sang à la télé). Un groupe de copines danse en mini short BLANC sur la plage, cocktails à la main et zou un p’tit plongeon dans l’eau… même pas peur d’avoir des fuites ou de sentir ton foutu tampon mal placé dans ton vagin qui t’empêche de marcher, courir, nager ou voler comme tu veux ! Ou la peur d’avoir la ficelle qui dépasse de ton maillot de bain ! Alors tu t’imagines que finalement les règles, ce n’est qu’un passage obligé dans la vie d’une femme, et que comme elles débarquent tous les mois tu auras bien le temps de t’y habituer. De toute façon tu n’as pas le choix !

Alors arrive le moment fatidique dans le rayon hygiène du supermarché, où tu dois choisir ta protection : tampons avec applicateur, tampon sans applicateur, tampon avec deux, trois ou quatre gouttes, serviettes hygiéniques proches de la couche de bébé ou serviette ultra fine que tu dois changer toutes les deux heures… Bref ! Le choix est difficile et puis finalement tu essaies à peu près tout le rayon avant de te caler sur deux ou trois produits qui s’adaptent à ton corps et à ton mode de vie. Comme la plupart des femmes, tu choisiras des tampons. Plus pratique, plus discret.

 

There will be blood

Au fil de ton adolescence tu avais déjà été mise en garde contre les tampons. Une mise en garde que tu n’as pas forcément prise au sérieux, te disant que tu avais une certaine hygiène de vie. Mais finalement entre témoignages, émissions télé et articles de magazines tu t’aperçois que les risques liées au tampon ne sont pas si minimes. Les mots “syndrome du choc toxique” (SCT) et “endométriose” affluent sous tes yeux.

Pour information, le SCT peut être contracté chez la femme lorsque celle-ci est porteuse du staphylocoque doré (20 à 30% des femmes). Cette bactérie peut alors se réveiller lorsque le tampon empêche l’écoulement des règles. Bien au chaud et au contact de l’air, les bactéries prolifèrent dans le vagin, détruisant peu à peu les globules rouges.Les premiers signes d’un SCT sont de la fièvre, des vomissements, un gros coup de fatigue, des éruptions cutanées. Peut s’en suivre l’arrêt du fonctionnement des reins, du foie et progressivement de l’ensemble des organes s’il n’y a pas de prise en charge rapide.

La maladie avait d’ailleurs largement été médiatisée suite à la plainte de la mannequin Lauren Wasser amputée d’une jambe à la suite d’un choc toxique. Et plus anciennement, dans les années 70 avec le tampon synthétique Rely commercialisé par Procter & Gamble qui aura déclenché près de 600 cas de SCT aux Etats-Unis.

Malgré tout ça, tu ne peux que te soulager face à des phrases du type “Les chocs toxiques sont principalement dû à un mauvais usage des tampons, pas à ces moyens de protection eux-mêmes“. Et toi, tu as un bon usage des tampons et jusqu’à présent rien à signaler. Rien à craindre !

 

Prévention & tampon

Comme beaucoup de femmes, tu n’as jamais lu la notice qui accompagne ta boite de tampons. Quoi de plus simple que d’utiliser un tampon ? Il n’y a rien de sorcier, juste à écarter les jambes et à te le glisser dans le vagin (fingers in the noze comme on dit !). Et puis, s’il y avait vraiment quelque chose d’important, cela serait écrit en gros sur la boite, cela serait visible.

Mais bonne hygiène de vie ou pas, cela t’es bien arrivée de dormir plus de 8 heures avec un tampon, d’oublier de le changer à midi parce que tu n’a pas réussi à prendre ta pause déjeuner ou de tout simplement avoir la flemme parce que “c’est bientôt la fin, y a presque plus rien”… Or, tu le sais et on te l’a répété (ah bon ? Et bah il fallait l’écrire en plus gros sur la boîte alors) que tu dois changer ton tampon toutes les 4 à 6 heures maximum

Ah bon ? Mais je pensais que si on prenait des maxi tampons avec quatre gouttes ça permettait d’absorber plus et donc de durer plus longtemps. Que ni ni ! Les industriels nous ont bien eu ! En réalité ce petit pictogramme qui n’a rien d’officiel devait faire office de message d’alerte : plus un tampon est absorbant, plus il y a des risques de choc toxique. Donc dans la pratique cela signifie que les tampons très absorbants sont à changer autant, si ce n’est plus, que les tampons normaux.

Bref, aucune information et indication claire n’est transmise aux utilisatrices par les marques. Et la confusion des consommatrices, ça ils aiment bien les industriels !

Photo de Rupi Kaur montrant des menstruations censurée par Instagram

Crédit photo : Rupi Kaur

Tampon tabou, composition tue

Il faudra la diffusion du reportage ” Tampon, notre ennemi intime” pour que tu prennes conscience que tu encoures un danger tous les mois.

Non pas seulement parce que le tampon accroît le risque de SCT. Mais parce que ces jolis petits tubes de cotons tout blanc, tout doux et tout soyeux comportent selon plusieurs études une trentaine de composants chimiques. Des traces de dioxine provenant du chlore utilisé pour blanchir les fibres, mais aussi des traces de phtalates, un perturbateur endocrinien cancérigène. Et lorsque tu sais que ta muqueuse absorbe 10 fois plus les composants que la normale, et que tu utiliseras en moyenne 11 000 tampons dans ta vie… fais le calcul de l’exposition chimique que tu as/est en train/vas infliger à ton corps juste pour un tampon.

Finalement, les industriels ne sont inquiétés de rien. Aucune loi ne les obligent à indiquer clairement la composition de leurs produits et d’ailleurs aucune règle de sécurité ne leur est imposée par une quelconque autorité. Pourtant, les tampons touchent bien au domaine de la santé publique, non ?

A croire que dès qu’on parle de règles, les oreilles se referment, les regards s’esquivent, les langues se taisent, les corps s’éloignent. Les règles sont tellement un sujet tabou qu’on ne les représente même pas telle qu’elles dans la publicité. Comme si on voulait faire disparaître les règles, les cacher, les fantasmer peut-être ? Pourtant, ce ne serait pas un suicide marketing que de changer ce liquide bleu irréaliste par une teinte rouge; vous savez le rouge, couleur de l’amour, de la guerre et du sang.

Je me souviens encore de la photographie de l’artiste Rupi Kaur montrant une femme de dos, couchée sur le côté gauche, une tâche de sang dans l’entre-jambe de son pyjama. Cette photographie avait été censurée par Instagram… A croire que la censure puritaine n’a rien de mieux à faire que de censurer une image montrant la féminité à son état naturel alors que des milliers de comptes racistes, pédophiles, homophobes ou djihadistes pullulent sur les réseaux réseaux.

 

En attendant, on fait quoi ?

Je pense alors que ce n’est que par la parole que les femmes seront informées, que les mentalités évolueront et que la société civile réclamera ses droits, que les institutions seront alertées et qu’enfin les industriels seront encadrés. D’ailleurs, une pétition circule depuis quelques temps sur le web pour rendre visible la composition des tampons (de la marque Tampax) Je vous invite donc à la signer bien évidemment !

Et puis si vous faites le choix, comme moi, d’arrêter d’utiliser des tampons, il y a la fameuse cup menstruelle ou encore les serviettes hygiéniques lavables. Comme j’ai modifié il y a peu de temps mes produits hygiéniques, je vous écrirais bientôt un article pour vous faire un retour d’expérience.

 

Si votre regard se pose sur ces derniers mots, je dois vous dire merci d’avoir lu cet article, cette tirade qui montre ma colère teintée de sarcasme face à des faits aussi immoraux qui jalonnent le chemin des femmes. J’attends vos réactions avec impatience !

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